« L’erreur des enfants, elle est très commune, et je l’ai commise : j’aurais dû asseoir mon père et ma tante, et leur dire, avec un magnétophone : Maintenant vous allez me raconter. J’aurais dû le faire, je me suis tout le temps dit, et puis je ne l’ai pas fait. C’est un regret…
Et le péché des parents, c’est de ne pas le faire non plus, c’est de ne pas dire à leurs enfants, que tu le veuilles ou non, assieds-toi, je vais te dire d’où tu viens… Mais il y a des blessures, il y a des choses enfouies, que les parents ne veulent pas ressusciter, parce que c’est trop douloureux ou trop nostalgique… Et que les enfants, malheureusement, comme moi, n’ont pas la générosité et l’intelligence de susciter…
On est trop impatients, on est trop égoïstes, on pense à son propre monde… Nos parents sont des bibliothèques, des petites ou des grandes bibliothèques, selon leur érudition, selon leur degré de sophistication intellectuelle, mais on devrait tous, à un certain moment, dire : Assieds-toi, et raconte-moi, raconte-moi parce que je suis fait de ça… Et on ne le fait pas assez… »
France Culture, A voix nue
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